Les cheveux blancs

En ce moment, c'est assez catastrophique, du haut de mes trente ans, j'en arrache un ou deux tous les jours... Des tout blanc, des moitié blanc/moitié noir. Comme Marie-Antoinette, il y a ceux qui ont blanchi sous le coup du stress et ceux qui se sont mis à pousser blanc.

 

Ah ! Rien d'encore dramatique, je ne pense pas que ca se voit encore vraiment et que je sois bonne pour la coloration, mais quand même, ca fait jeune je trouve ! Mes soeurs n'en ont pas encore (ou peut-être un ou deux par-ci, par-là et de mon souvenir, mes parents n'ont pas blanchi aussi jeune).

 

Enfin, c'est les soucis, et en ce moment, ça cumule.

 

 

Des fois je pense à ce que serait ma vie aujourd'hui, un an plus tard, s'il n'y avait pas eu ça. Oh, n'allez pas croire que je regrette, il n'y a pas de regret à avoir, juste des choses dont je me serai bien passée.

 

Guillaume va sur ses deux ans, il commencerait à baragouiner deux mots, ou mieux, à parler couramment (tant qu'à rêver, autant rêver en grand et en technicolor), je le regarderai courir et il me ferait une petite régression pour l'arrivée de sa soeur (car en déplaise à certains, nous n'avons pas fait un "bébé médicament" pour stimuler Guillaume ou pour le "remplacer", le "compenser", et nous avions envie du deuxième depuis longtemps).

Marie-Lou c'est peut-être la seule chose qui appartient à ce monde parralèle, elle aurait été là, une peu plus tôt (euh, quand même pas), un peu plus tard, mais parmi nous dans tous les cas.

 

Les taux d'interêts baissent, l'immobilier aussi, on serait en train de chercher sérieusement à acheter un appartement, peut-être même que ca serait déjà fait, le trois pièces avec jardin en vente l'année dernière à côté de chez nous...

 

Je travaillerai, ça c'est sûr. Bon, je serai temporairement en congé maternité mais dans quelques semaines je reprendrai le chemin du bureau. Je n'aurai jamais arrété de déposer Guillaume le matin chez sa nourrice et bientôt ça serait pareille pour Malou. Je serai tellement heureuse le soir de les retrouver, j'en profiterai, plutôt qu'attendre patiemment toute la journée le retour de mon compagnon pour me changer enfin les idées. Oh, ca serait un peu la course c'est sûr, mais au moins, je ne serai pas en train de galérer avec les administrations pour toucher l'aide sociale qui me permettra de boucler la fin du mois.

 

Je ne sais pas où je travaillerai puisque je devais changer de boulot quelques semaines avant d'apprendre pour Guillaume. Mais je sentais que quelque chose clochait, j'ai préféré renoncer. Peut-être que ce nouvel emploi aurait vraiment été l'opportunité que ca semblait être, peut-être pas et alors, je serai encore en train de chercher un nouveau poste. La crise moi ? Le chômage ? Même pas peur ! Je ne serai pas en train de penser tous les jours que c'est si facile de basculer (quoique dans mon travail, le quotidien me l'aurait quand même rappelé).

 

Je n'aurai pas eu non plus l'occasion de faire le tri parmi mon entourage, certaines personnes n'auraient pas eu l'occasion de se révéler et d'autres de disparaitre; et de nombreuses autres personnes n'auraient pas croisées mon chemin. Je ne serais jamais allée à Pouilly (et n'étant même pas amatrice de vin, je doute que j'y serai allé une fois dans ma vie, mais sait-on jamais). Je ne saurais même pas le situer sur une carte !

 

Je continuerai de regarder les hôpitaux de loin, oubliant même parfois que ça existe, je ne mettrai pas en doute la parole des médecins, je n'y connaitrais rien en posturologie infantile, en neurologie pédiatrique,peto, doman, padovan resteraient de parfaits inconnus ; le handicap ca n'arrive qu'aux autres. Je ne saurai pas ce q'est un corset-siège et je ne me bagarrerai pas pour un plan ventral contre un verticalisateur.

 

 

D'ailleurs pour moi, des verticalisateurs, ça n'existerait que dans le "silence des agneaux", je n'imaginerai pas qu'on y mettent tous les jours de jeunes enfants. On ne regarderait pas Malou sous toutes les coutures, à guetter ce qui cloche, maintenant qu'on connait les étapes du développement psycho-moteur des enfants sur le bout des doigts. on se dirait "oh la la, Guillaume va déjà avoir deux ans !". On réfléchirait peut-être à l'éventualité d'une pré-rentrée en janvier prochain pour l'adaptation...Déjà ! Mais l'école ca serait encore loin, on ne serait pas en train de redouter l'institution, à fantasmer dessus et à envisager nos futurs combats pour une éventuelle intégration scolaire.

 

Guillaume dormirait dans son lit car il serait en âge de comprendre, on lui aurait expliqué et on s'y serait tenu; on ne serait pas toujours en train de se demander ce qu'il comprend et ce qu'il ne comprend pas. Pas en train de chercher les signes d'intelligence et de redouter l'importance de son retard mental. On ne serait pas pressé de le voir grandir, qu'il ait déjà dix ans, qu'on soit fixé, au moins !

 

Je n'aurai pas créer d'association, mon blog se limiterait à partager des photos de mes enfants et n'aurait pas eu 7000 visiteurs en quelques mois. Je n'aurais pas basculé de l'autre côté du miroir, je ne regarderais pas les enfants des autres faire leurs premiers pas avec les larmes aux yeux, je pourrais parfois partager ma fierté de leur progrès, les gens ne me regarderaient pas avec une pointe de pitié mélée à de la gêne.

 

J'aurai une autre vie, pas forcement plus belle mais certainement plus "comme tout le monde", avec mes petits rêves que je ne serai pas toujours obligée de revoir encore à l baisse.

 

Je n'aurai jamais imaginé que ma vie soit finalement à ce point différente de tout ce que j'ai pu projeter plus jeune.  Je ne me revais ni milliardaire, ni célèbre, j'avais juste envie de vivre sans trop de soucis et je faisais tout pour m'en donner les moyens. En tous cas, je n'aurai pas cru être autant à la merci du destin, pour moi, c'est nous qui faisions notre chemin en faisant nos choix. Je ne pensais pas qu'il y avait des routes qui s'ouvraient devant nous sans alternative, pour moi il n'y avait que des croisements. Mais bon, c'est la vie, c'est comme ça.. Elle est loin d'être finie. La seule différence avec avant, c'est que je n'envisage plus où j'en serai dans dix ans.

 

 

Je suis déjà vieille.

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Commentaires: 4
  • #1

    sylvia72 (vendredi, 06 mars 2009 18:25)

    Que de larmes me viennent aux yeux en lisant ton message.... C’est difficile de ne pas se dire « et si… » de temps en temps, mais comme ça fait mal… Et en même temps ça soulage, après on peut repartir. Avec des petits bouts de choux qui auront de toutes façons un chemin plus difficile, tu as bien raison, il ne faut pas se projeter... une chose à la fois. Et pourtant dans 10 ans, je suis sure que tu seras surprise par le chemin parcouru par Guillaume avec votre aide et celle de Marie-Lou. Fais un petit bisou pour moi à Guillaume dans les petits replis de son cou… Là où ça fait rire les petits.
    PS : moi j’ai eu mon premier cheveux blanc à 30 ans ! mais ça ne progresse pas vite t’inquiète pas.

  • #2

    alisson (vendredi, 06 mars 2009 20:43)

    Bon pour les cheveux blancs je ne peux pas t'aider... a pas encore 20ans ils n'ont pas montrer signe de présence!

    Mais pour le reste que je comprend cette phase de "et si..." ... je crois que c'est une phase normale surtout quand le destin nous tombe dessus... on apprend a accepter mais on ne peut s'empêcher de se demander ce qu'il serait advenu... mais d'un autre côté on est là et le fait de ne pas maitriser l'avenir est aussi la preuve qu'il faut sans cesse se rappeler que nous ne sommes pas maitres enfin que nos efforts peuvent porter comme ils peuvent être inutiles. Heureusement les efforts pour Guitou portent... lentement mais surement! Et pour Malou cessait de la regarder sous tous les angles même si elle est magnifique, elle va finir par avoir la grosse tête la miss starlette!lol

    Enfin 7000 visites en peu de temps mais un blog vraiment enrichissant, un petit garcon émouvant mais surtout épatant, une famille unie, une maman qui partage, qui répond aux messages... tu sais la blogosphère me fait découvrir des gens bien plus humains que certains que je cotois régulièrement... et tu es HUMAINE avec des hauts et des bas et moi j'aime suivre cette maman extra qui une fois de plus m'a bien émue!

    Je t'embrasse, continues ainsi tu es super! et un jour peut etre j'aurais l'occasion de te dire ce que je pense en face... et de bisouiller tes deux amours!

  • #3

    Helene (samedi, 07 mars 2009 09:15)

    j'aurais pu écrire la même chose ! sauf les cheveux blancs !

  • #4

    caramel (samedi, 07 mars 2009 15:18)

    Ce que je vis tous les jours, ce que je ressens, tu viens de l' écrire.Je lis tes mots les larmes aux yeux et je t' envoie ce que je peux te donner de courage et de force pour vivre tous les jours cette vie qui n' est pas facile, qui nous force à changer notre façon d' être et de voir le monde mais qui nous donne tant d' amour dans les yeux de nos enfants.Courage,nos enfants méritent tout , comme les autres, alors continue à te battre pour tes petits, comme tu le fais déjà.

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